Développement d’un concept et d’un processus de gestion de l’identité numérique d’un produit en établissement de santé

Jean-François Bussières, Denis Lebel, Serge Voytenko, Guillaume Vaquer

Abstract


INTRODUCTION

Au Canada, il existe plus de 22 000 médicaments et plus de 44 000 instruments médicaux1 sous l’égide de la Loi sur les aliments et drogues et de sa réglementation. Avec l’entrée en vigueur du Règlement sur les produits de santé naturels en 2006, on estime qu’il existe en plus des médicaments, de 40 000 à 50 000 produits de santé naturels sur le marché canadien, qui feront potentiellement l’objet d’une évaluation par Santé Canada au cours des prochaines années2. Les professionnels de la santé et les patients doivent composer avec un nombre très élevé et croissant de produits, d’étiquetages et de formats. Le cadre législatif prévoit les modalités entourant l’étiquetage externe pour la vente et l’étiquetage interne pour l’utilisation des médicaments et produits de santé naturels. Toutefois, il n’existe aucune obligation pour le fabricant de rendre disponible aux professionnels de la santé une version électronique standardisée des illustrations des différentes formes d’emballage de ces produits. En dépit de cette réglementation concernant l’étiquetage, certains fabricants commercialisent déjà au Canada des plaquettes alvéolées, dont l’étiquetage n’est pas jugé sécuritaire en établissement de santé3. En vertu des lignes directrices américaines et canadiennes, la prestation sécuritaire de soins repose sur une distribution unitaire des médicaments et des produits de santé naturels en établissement de santé4. Cette distribution unitaire repose sur une capacité d’identifier adéquatement chaque dose de médicament. La vision 2015 de la Société canadienne des pharmaciens d’hôpitaux prévoit que 75% des départements de pharmacie devront offrir une distribution unitaire à plus de 90 % des lits de leur établissement5. L’enquête canadienne sur la pharmacie hospitalière de 2007-2008 révèle que 66% des personnes ayant répondu à l’enquête offre une telle distribution pour une proportion moyenne de 81% des lits de courte durée6. On reconnaît qu’il existe une cinquantaine d’étapes au circuit du médicament en établissements de santé, de l’acquisition du médicament, en passant par la prescription, la validation et la distribution ainsi que l’administration au patient7. Chacune de ces étapes comporte de nombreux risques d’erreur médicamenteuse8. L’Institute for Safe Medication Practices (ISMP), en Etats- Unis, reconnaît 10 éléments clés d’un circuit du médicament sécuritaire, soit l’information sur le patient, l’information sur le médicament, la communication entre professionnels, l’étiquetage et l’emballage, l’entreposage et la standardisation des stocks, l’acquisition, l’utilisation et l’entretien des équipements, l’environnement, la compétence et la formation du personnel, l’instruction donnée au patient, la gestion de la qualité et des risques9. Afin de réduire les risques, on a retenu plusieurs technologies pour assurer une utilisation plus sécuritaire des médicaments (p. ex. prescripteurs électroniques, lecteurs de codes-barres à la pharmacie et au chevet du patient, pompes intelligentes, sélection des médicaments requis à partir de contenants marqués de puces activées par radio-fréquence). La mise en place des éléments clés proposés par ISMP et l’implantation de ces technologies peuvent avoir potentiellement un effet favorable sur la réduction des risques. Toutefois, plusieurs éléments clés démontrent que la disponibilité de l’information tout au long du processus et les communications des professionnels entre eux et des professionnels avec les patients sont très importantes. Créer et gérer une nouvelle base de données comportant des photos, basée sur l’identité numérique des médicaments, peut permettre de disposer d’un outil important. Cet élément est à la base de notre proposition visant à améliorer la qualité du circuit du médicament. La structure de cette nouvelle base de données est dictée par notre concept. Cette nouvelle banque complète efficacement les bases de données patients et médicaments déjà en notre possession et utilisées quotidiennement. À ce jour, l’Association des pharmaciens du Canada (APC) produit et détient une banque de données d’environ 1500 images couleur de médicaments commercialisés au Canada, principalement sous formes orales solides. Les images sont en format JPG (300 × 300 pixels) et sont archivées dans une banque de données contenant le numéro d’identification du médicament (DIN), le nom générique, le nom commercial, la teneur, la forme, la couleur, le contenu des inscriptions sur la forme et le fabricant. Cette banque de données est publiée annuellement en version papier et électronique du Compendium des produits et spécialités. L’APC envisage de rendre disponible cette banque de données à certains utilisateurs, notamment aux établissements de santé. Il semble très clair qu’un groupe canadien doit prendre le leadership afin d’assurer le développement d’une banque d’images complète à l’échelle canadienne. À l’heure actuelle, très peu de données ont été publiées sur l’utilisation d’images de médicaments en pharmacie. Katsuma et coll. ont évalué l’efficacité de l’ajout d’une image imprimée sur le sac de médicaments pour la prévention d’erreurs de distribution et noté un impact favorable sur la détection d’erreurs de distribution10. Fox et coll. rapportent une utilisation d’images dans un cadre pédagogique pour la formation de professionnels11. L’objectif de cet article est de décrire le développement d’un concept et d’un processus de gestion de l’identité numérique d’un produit en établissement de santé.




DOI: http://dx.doi.org/10.4212/cjhp.v62i5.829

ISSN 1920-2903 (Online)
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